Jouanno prend-t-elle les homos pour des gogos ?

Après avoir promis l’automatisation du métro automatique, Chantal Jouanno annonce qu’elle est favorable à l’adoption homoparentale. Et, du coup, avec Europe Ecologie, je m’interroge : la tête de liste de l’UMP à Paris prendrait-elle les homos pour des gogos ?

Car si je ne peux ici que me réjouir de cette prise de position en faveur d’une revendication portée par les Verts depuis des années, je me souviens aussi que la candidate Jouanno appartient à un gouvernement, à une majorité et à un parti qui s’opposent à toute avancée en matière d’égalité des droits pour les couples de même sexe. Et ce n’est pas un éventuel mandat régional qui donnera à Chantal Jouanno un quelconque pouvoir décisionnel sur ce sujet.

Signature du pacs en mairie, ouverture du mariage à tous les couples, reconnaissance des droits des parents sociaux, adoption : malgré les promesses du candidat Sarkozy, aucun de ces dossiers n’a avancé depuis son élection en 2007 et la France est maintenant l’un des pays européens les plus en retard en matière d’égalité des droits pour les couples de même sexe.

Alors que d’une part, la polémique autour du film le Baiser de la lune montre, une nouvelle fois, que l’UMP au pouvoir cède systématiquement à son aile la plus réactionnaire, que d’autre part la décision de s’opposer à l’adoption par un homme homosexuel d’Augustin Bonrepaux, président socialiste du conseil général de l’Ariège, et les déclarations contre l’ouverture de mariage aux couples de même sexe de Daniel Vaillant, maire socialiste du XVIIIe arrondissement de Paris, brouillent le positionnement du Parti Socialiste sur ces questions, il faut rappeler l’engagement sans ambiguïté d’Europe Ecologie en faveur d’une égalité réelle et complète en matière de mariage et d’adoption de tous les couples.

La candidate Jouanno ne trompe personne avec des propos électoralistes qui ne l’engagent en rien et qui resteront, évidemment et malheureusement, sans suite.

Alors, cette campagne ?

« Alors, quand on est militant associatif, pourquoi s’engage-t-on dans une campagne électorale ? »

En ce qui me concerne, la question est mal posée. Je ne m’engage pas dans « une » campagne électorale mais dans la campagne pour les élections régionales d’Europe Ecologie. Ce n’est pas une abstraction théorique, mais une « situation », comme disait Sartre. Cette situation particulière, c’est celle des crises sociales et environnementales actuelles, de leur diagnostique partagé et de l’absence de volonté politique de mettre les solutions en œuvre. C’est aussi celle d’un territoire dont l’échelle est certainement la plus intéressante pour l’un des sujets qui me mobilise avec Vélorution, les transports. Mais qui a aussi sa pertinence pour les questions de discriminations et d’égalité réelle, notamment des personnes lesbiennes, gaies, bi ou trans. C’est enfin un moment dans une histoire personnelle de militant où se pose la question des moyens que l’on se donne pour vraiment changer les choses.

Et cette situation rencontre une proposition : celle d’un rassemblement, ouvert et pluriel, d’une coalition construite autour d’un projet régional spécifique et circonscrit. Une proposition de croire en la démocratie en permettant aux simples citoyen-ne-s engagé-e-s de prendre des responsabilités, sans qu’ils et elles ne correspondent nécessairement aux standards de l’actuelle classe politique, qui semble dans ce pays s’auto-reproduit depuis des années.

La rencontre de cette situation et de cette proposition créée une opportunité, une chance qu’il faut essayer de saisir.

Pour moi, cette campagne régionale avec Europe Ecologie, c’est l’occasion de soumettre au suffrage les idées que je défends depuis des années. Lorsqu’on sort ainsi du face-à-face classique entre une poignée de militant-e-s et quelques responsables politiques, on a un peu le sentiment de déchirer l’écran d’un théâtre d’ombres. Exposer et défendre ses idées vraiment publiquement, c’est-à-dire au-delà du cercle des sympathisant-e-s convaincu-e-s et des adversaires qui n’écoutent pas, c’est tout l’enjeu du passage du militantisme associatif au militantisme politique. On a beau être persuadé d’avoir raison, ne pas comprendre qu’on puisse avoir un autre point de vue, argumenter et discuter pied à pied : au final, le vote est le seul jugement démocratique légitime.

Evidemment, il ne faut pas être naïf et s’imaginer que le résultat des élections ne fait que refléter les équilibres du débat d’idée. Les intérêts, les rapports sociaux,les affiliations y jouent évidemment un rôle important. Mais il n’est cependant pas interdit de croire en l’idéal démocratique de dialogue et d’intelligence collective, et d’essayer de se battre, une encore fois mais sur un nouveau terrain et selon de nouvelles règles, pour ses idées.